Quand les combattantes féministes se tirent une balle dans le pied

Orelsan vient d’être condamné pour avoir osé représenter dans des œuvres de fiction les violences qui sont parfois faites aux femmes. D’après le procureur il s’agit manifestement de fictions indépendantes et internet, qui fourmille de beaucoup de choses, ne semble pas relater d’appel de l' »artiste » à traiter les femmes comme le sont ses personnages féminins. Il a malgré tout pris une amende avec sursis pour « injure et provocation à la violence à l’égard des femmes ». Les dieux m’en soient témoins, je n’aurais pas cru parler un jour pour un rappeur. Mais cette décision de justice me sidère.  Comment diantre peut-on se dire féministe quand on essaie de jeter un voile sur les violences qui peuvent être faites aux femmes? Le silence a-t-il jamais profité aux victimes?

Que doit-on comprendre de cette nouvelle interprétation du droit?
Doit-on extraire de nos bibliothèques tout ce qui représente des comportements inacceptables,  à commencer par les manuels d’histoire? Le droit d’informer sauvant les ouvrages historiques,  l’anathème doit-il se limiter aux oeuvres de fiction?
Faut-il alors traquer et brûler « le Cid », qui raconte un meurtre? Peut-on laisser les enfants lire Fantômette alors même que l’héroïne de la bibliothèque rose pénètre sans autorisation sur des propriétés privées? Si on peut sauver la fiction, faut-il au moins insérer un avertissement au spectateur? Verra-t-on sur la couverture des prochaines éditions de « quatrevingt-treize » un cadre noir indiquant que les faits de dégradations volontaires et de violences aux personnes décrits dans cet ouvrage sont prohibés et ne doivent pas être imités? Faut-il insérer un encart avant le dernier chapitre de « Madame Bovary » stipulant que le suicide est dangereux pour la santé? Doit-on indiquer en notes de pas de page dans « l’Assommoir » les traitements qui sont contraires au respect de la dignité humaine et punis par le droit du travail?

Les tendances dans le féminisme sont aussi nombreuses que les féministes.  Mais il est une chose qui rassemble beaucoup des mouvements contemporains (féministes ou non): la présence médiatique a pris le pas sur la pertinence de la rhétorique dans leur communication. Je suis perplexe quand aux chances d’emporter ainsi l’adhésion.

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2 Commentaires

Classé dans Si je peux me permettre... -- Et il se trouve que je peux! -- D'ailleurs je me permets.

2 réponses à “Quand les combattantes féministes se tirent une balle dans le pied

  1. Molly

    comment tu m’as salement spoilé Madame Bovary

  2. Je vais moi-même me surprendre en écrivant les mots qui suivent.
    Mais je crois qu’il s’agit avant tout d’une incompréhension totale vis-à-vis d’une sous-culture ayant ses codes propres, qui échappent à la loi et à la justice. En ce sens, ce jugement pourrait être considéré comme discriminatoire. La solution? Interdire les cultures alternatives afin de faciliter la tâche aux juges.

    De manière plus réaliste, notre société tend à devenir de plus en plus lisse et sans relief, « clean », et les réactions officielles tiennent plus du refoulement (au sens freudien) que réellement de la justice, le juge ne se faisant que le bras de cet inconscient tordu par la nausée. brûlons « Shoah » pour sa laideur, et ne gardons que les magnifiques images du « Triomphe de la volonté », et tout le monde sera content.

    Oui, je sais, c’est un Godwin, mais je m’en fous, j’assume.

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