« Sur internet, il n’y a pas que des cons, mais tous les cons y sont »

Fichtre, j’ai pris une claque comme rarement. Depuis ce matin, je vois tourner autour de moi et dans les différents groupes de gens à qui je suis connecté, une vidéo sur un « pacte 2012 pour la justice. » Soit. Je suis loin de trouver le système français parfait.

Ce qui me dérange c’est la forme d’abord. Un homme fortement affecté nous raconte l’assassinat de son fils. Il peine parfois à contenir ses sanglots. Et il parle de changer les institutions. Et comme il est si triste, il a forcément tout autant raison. Désolé de vous le dire, mais ce monsieur n’a pas le recul nécessaire pour repenser globalement une institution. le désespoir d’un type qui a vu son fils mourir c’est un argument pour chialer, pas pour réformer. En fait je crois que rien ne serait plus dangereux que de pondre des lois dans cet état d’esprit. C’est une des choses qui m’ont le plus dérangé dans le mandat présidentiel en cours.

Ensuite j’ai un problème avec le fond. Au départ tout commence sur une vision de la justice que je partage: elle est faite pour protéger la société. Puis par un drôle de glissement sémantique, on en vient à déplorer que des coupables ou des suspects soient en liberté. La privation de liberté est une chose suffisamment grave pour que je préfère voir tous les coupables en liberté qu’un seul innocent en prison. C’est sur ce type de principes qu’on a construit nos sociétés occidentales contemporaines. C’est cette sorte de principes qu’ils faut avoir en tête quand on a pour ambition de repenser les institutions. En pratique, on peut transiger avec ces principes, pour plein de raison, mais pas s’asseoir dessus. Quand on en est rendu à dire qu’il faut changer la justice à cause d’un cas ou elle a merdé dans les grandes largeurs, on est vautré dessus, exactement à l’opposé de l’état d’esprit qu’il faudrait.

Enfin je ne pense pas que l’outil législatif soit là pour apaiser les états d’âme d’un homme dont le métier fut le prétexte du meurtre de son fils. Je conçois bien que, sans même parler de vengeance, n’ayant pas vu la justice lui désigner un autre coupable, il soit détruit par un fallacieux remord. Mais si déplorable que soit l’anecdote qu’il a subit, Outreau n’est pas si vieux que nous l’ayons déjà oublié…

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3 Commentaires

Classé dans Si je peux me permettre... -- Et il se trouve que je peux! -- D'ailleurs je me permets.

3 réponses à “« Sur internet, il n’y a pas que des cons, mais tous les cons y sont »

  1. « En fait je crois que rien ne serait plus dangereux que de pondre des lois dans cet état d’esprit. C’est une des choses qui m’ont le plus dérangé dans le mandat présidentiel en cours. »
    Avant la deuxième partie, je me faisais la même réflexion.

    Article intéressant, c’est agréable de voir aussi qu’on peut réfléchir à quelque chose d’assez troublant sans pour autant tomber dans, n’ayons pas peur des mots, dans l’instrumentalisation dramatique d’un banal fait divers, bien qu’il soit grave, chose que je ne nie pas (On va pas repenser tout un système pour le durcir de façon drastique et sacrifier nos valeurs au risque de nuire au plus grand nombre pour quelques individus. C’est froid, mais c’est lucide.)

    A la rigueur, en situation, je pense que quitte à avoir tout perdu, j’y laisserais aussi mon âme et je me ferais justice moi même, plutôt qu’embrasser l’idée toute utopique et irréaliste qu’un système puisse ressentir ma douleur. (Il faut prendre en compte que j’étais en train de parcourir un « Punisher » quand je suis venu lire cet article, ceci n’est peut être pas étranger à ma conclusion. D’ailleurs au passage j’aime bien celle de ton article)

  2. Que la justice serve le sentiment, et nous perdrons l’intégrité nécessaire à la vision objective de l’acte commis. Oui, là dessus, tu as parfaitement raison.

    En ce qui concerne la possibilité de transiger en fonction du crime commis, je suis moins d’accord. C’est cette manie qui fait que le système judiciaire s’enlise dans des procès sans fin. Et c’est ce qu’on découvre lorsqu’on affronte la criminologie : si le sentiment produit le crime, et que la justice peut de temps à autre s’accorder sur le sentiment, alors toute l’idée de justice et de protection sociale s’autodétruit. En effet, une société n’a pas de sentiments, mais des valeurs.

    Par conséquent, c’est une dureté plus grande dans la manière de juger qui permettra de protéger la société. Si on souhaite cependant chercher le jugement parfait, c’est à dire sans innocent en prison, alors c’est la société qu’il faut réformer et faire passer l’intérêt individuel avant l’intérêt de la société, ce qui n’a jamais été, je crois, le but de la société occidentale, dans ses valeurs.

    Maintenant, étant donné que la France marche sur la tête, il ne faudra pas trop s’étonner quand ce « pacte » sera applaudi par les bien-pensants et les « élites » de notre gouvernement. D’autant plus que tous les vampires de l’humanisme vont se régaler.

    Article intéressant.

  3. pour ceux que ça intéresse, maitre Eolas s’est tapé un peu de fact checking sur le dossier. flippant.
    http://www.maitre-eolas.fr/post/2011/11/12/Attention-manip-:-le-pacte-2012-de-l-Institut-pour-la-Justice

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